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Terrorisme | Le procès des attaques de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher s’ouvre mercredi Janvier 2015 : la peine éternelle des victimes

Posted On 30 Août 2020
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Abattue entre la tuerie de Charlie Hebdo et la prise d’otages de l’Hyper Cacher, Clarissa Jean-Philippe fut la seule victime isolée des attentats de janvier 2015. Sa mère, qui vit en Martinique, viendra assister au procès qui s’ouvre mercredi. Elle nous explique pourquoi.
Par Aurélien POIVRET

« Ma fille me manque beaucoup. » Marie-Louisa Jean-Philippe est une maman martiniquaise qui porte un deuil de tous les instants depuis qu’Amédy Coulibaly a tué sa fille, le 8 janvier 2015 à Montrouge (Hauts-de-Seine). Et le procès de ceux qu’elle nomme ses « complices » – et qui consacrera une journée d’audience à cet assassinat – ne l’apaisera sans doute pas.

Clarissa Jean-Philippe avait 26 ans quand le terroriste – celui qui allait, le lendemain, semer la mort à l’Hyper Cacher – a fait feu sur elle, dans son dos, avec une kalachnikov. Touchée à la carotide, la jeune policière municipale est morte après son transfert à l’hôpital.

« J’espère que les accusés vont parler »

La veille, sa mère l’avait appelée après l’attentat à Charlie Hebdo – 12 morts – depuis la Martinique. Elle était inquiète. « Elle m’a dit : Je fais attention tout le temps. Je regarde tout le temps derrière moi.  Et on leur avait donné des gilets pare-balles… »

Souffrante, Marie-Louisa Jean-Philippe n’a pas prévu d’être présente dès l’ouverture du procès mercredi à Paris. Mais elle viendra « plus tard », pour avoir des réponses. « Je ne comprends encore rien, avoue-t-elle au téléphone. Je me demande pourquoi on l’a assassinée. » Les questions se bousculent depuis plus de cinq ans dans sa tête : « Qu’est-ce que ma fille lui avait fait ? Pourquoi tant de morts ? Qu’est-ce que ces gens leur avaient fait ? Ces gens n’avaient rien à voir dans leurs affaires. » Elle ajoute : « J’espère que les accusés vont parler. Je veux savoir comment Coulibaly a fait. »

Longtemps, la famille de Clarissa Jean-Philippe s’est sentie exclue de la procédure judiciaire qui se déroulait à 7  000  km de chez elle, en métropole. « Ça va mieux, assure aujourd’hui la mère de la policière municipale de Montrouge. Je me sens plus concernée. C’est grâce aux avocats et aux maires de Montrouge, Malakoff et Paris. »

« Elle n’a pas eu le temps de me donner des petits-enfants »

Me  Charles J. Nicolas, bâtonnier du barreau de la Guadeloupe sera le représentant de cette famille « traumatisée », « loin de Paris » : « Ce sont des gens aux moyens modestes, qui se débrouillent tout seuls. »

« Nous avons été obligés d’en appeler au préfet pour se faire entendre du fonds de garantie des victimes, grince-t-il. On est des tout petits dans ce dossier à côté de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. » Mais pour Me  Nicolas, Clarissa Jean-Philippe est « un symbole : elle est morte dans l’exercice de ses fonctions ».

Sa mère décrit la jeune femme – qui repose en Martinique – comme une jeune femme « très douce, calme et gentille ». Elle aimait bien l’école et a toujours voulu devenir agent de police : « Elle disait qu’une fois policière, elle aurait des enfants. Et qu’on serait heureux. Mais elle n’a pas eu le temps de me donner des petits-enfants. Et ça, ça me cause beaucoup de peine. »

On attend que les accusés révèlent les ramifications qui ont permis ce drame. Nous voulons des réponses. Connaître le « pourquoi »

Me  Charles J. Nicolas , avocat de la famille Jean-Philippe

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L’info en +

Un procès filmé pour l’histoire

Ce n’est pas une première pour la justice française, mais c’est inédit en matière de terrorisme. Le procès des attentats de janvier 2015 sera entièrement filmé « au titre de la constitution d’archives historiques de la Justice », fait valoir le parquet national antiterroriste.

Les débats seront enregistrés par les caméras déjà présentes dans la salle d’audience. Elles seront reliées à une régie technique, elle-même gérée par un réalisateur et un technicien.

Douze procès ont déjà été enregistrés dans l’histoire judiciaire française. Les premiers concernaient les crimes de la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale : Klaus Barbie, jugé à Lyon (1987), puis Paul Touvier à Versailles (1994), et Maurice Papon à Paris (1997-1998). Les différents procès de la catastrophe AZF, jugée entre 2009 et 2017, ont aussi fait l’objet d’enregistrements visuels. Le dernier procès filmé date de 2014, et concernait le génocide rwandais.

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