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Syndicat National des Policiers Municipaux

TASER, caméras-piétons : quand Axon œuvre à la protection des forces de l’ordre (Interview)

Posted On 05 Mai 2020
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05 mai 2020 à 12h00
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Le TASER T7 (© Axon)

INTERVIEW – L’entreprise, ex-TASER International, fournit des produits et solutions de sûreté à certaines autorités en France, confirmant ainsi la montée en puissance des nouvelles technologies dans la protection de la population.

Axon, leader mondial des technologies de sûreté publique, est très implantée en France où elle équipe des agents des forces de l’ordre avec ses pistolets à impulsion électrique connectés (le fameux PIE TASER, nom que portait l’entreprise américaine jusqu’en 2017) et ses caméras-piétons intelligentes, outils indispensables dans une époque où les policiers, agents ou pompiers sont de plus en plus confrontés au danger. La firme de Scottsdale (Arizona), qui doit composer avec différentes réglementations et technologies comme la reconnaissance faciale, sur laquelle elle a un avis bien particulier, aide policiers municipaux et gendarmes à se sentir plus en confiance sur le terrain. Elle propose des produits taillés pour la dissuasion et pouvant être très utiles en cas de nécessité de preuves. Cathy Robin, directrice d’Axon France, a répondu aux questions de Clubic pour dresser un panorama complet des activités de l’entreprise dans l’hexagone.

Cathy Robin

Cathy Robin (© Axon France)

Interview de Cathy Robin, directrice d’Axon France

Clubic : Pouvez-vous nous présenter les activités d’Axon ?

Jusqu’en 2017, l’entreprise était baptisée TASER. Nous avons depuis changé de nom, comme vous l’aurez compris. La société a deux grandes familles de produits : celle qui concerne les pistolets à impulsion électrique, appelés les TASERs. Il est possible d’utiliser un TASER avec une caméra dans la crosse, et on nous a très vite demandé de faire des caméras dites « piétons », indépendantes du TASER, et c’est de cette façon que nous avons créé une section vidéo, avec différents types de caméras et logiciels qui les gèrent. Cette branche de produits s’appelait Axon. Nous avons voulu réorienter l’entreprise autour d’Axon, avec deux familles de produits sous ce nom ombrelle.

« Les pistolets à impulsion électrique, c’est avant tout de la dissuasion. Les caméras aussi, en plus d’être utiles s’il faut des preuves probantes »

Axon veille à protéger, via la technologie, les agents qui sont sur sur le terrain. De façon générale, comment travaillez-vous avec eux, avec les collectivités, avec la police ?

Notre mission est bien de protéger la vie par différents outils. Les pistolets à impulsion électrique, c’est avant tout de la dissuasion dans l’immense majorité des cas. Et les caméras aussi. S’il faut des preuves probantes, elles peuvent avoir une utilité.

Concrètement, nous travaillons soit directement avec de grands acteurs comme le ministère de l’Intérieur, un grand client et partenaire depuis de nombreuses années, mais aussi avec le ministère des Armées. Nous travaillons avec la police et la gendarmerie nationale depuis 2005-2006.

Sur la partie TASER, nous travaillons depuis longtemps avec des distributeurs. Depuis début 2019, nous collaborons aussi avec eux sur la partie caméra. Maintenant, ce sont nos distributeurs qui développent les ventes au niveau de la partie police municipale. Tous les nouveaux secteurs, comme le transport, les sapeurs-pompiers, la pénitentiaire, nous les traitons en direct.

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Taser T7 (© Axon)

N’est-il pas aujourd’hui difficile d’orienter cette sécurisation des forces de l’ordre, à l’heure où on peste contre l’utilisation de la technologie et les données collectées ? Peut-on facilement communiquer là-dessus ?

La caméra-piéton est perçue positivement par les citoyens dans les villes dans lesquelles elle est déployée. Il y a eu un accompagnement des villes et un échange avec le public dans certaines. Les polices municipales ou mêmes les réseaux de transport font remonter que l’effet dissuasif est très important, ce qui pacifie les relations. Des voix s’élèveront toujours, mais il y a une vraie réglementation, un vrai cadre législatif. L’essentiel, pour nous, est de rechercher la pacification entre les citoyens et la police, avec une arme qui doit être efficace si toutefois la dissuasion ne suffit pas.

Bordeaux est une ville avec laquelle vous avez noué un solide partenariat, pour équiper sa police municipale. Avec quelles autres grandes villes collaborez-vous ?

Sur la partie TASER, elles sont nombreuses. Sur les caméras et logiciels, on retrouve Bordeaux donc, mais aussi Mulhouse, Châteauroux, Orléans, Perpignan, Reims, Trappes, Versailles, Dijon etc.

« La caméra-piéton est perçue positivement par les citoyens dans les villes dans lesquelles elle est déployée »

Le dernier TASER que vous produisez est connecté au réseau Axon, ce qui déclenche, en parallèle et si on tire avec ce dernier, les caméras de votre réseau ?

Ce n’est même pas quand on tire, c’est quand on met en route le PIE TASER. Le TASER est équipé d’un micrologiciel qui enregistre chacune de ses actions : le rayon laser, la marque de dissuasion (un bouton qui fait le bruit caractéristique mais qui ne tire pas) et le tir. Et donc le simple fait d’allumer un TASER avec des caméras Axon à proximité déclenche automatiquement l’enregistrement vidéo. Ce qui est encore mieux, c’est que la mémoire tampon – les caméras ayant 12 heures d’autonomie – permet d’avoir le contexte de ce qui s’est dit et de ce qui s’est passé juste avant qu’on mette en route le TASER. Cela permet de comprendre la situation dans son ensemble. Nous sommes les seuls à le faire aujourd’hui. Il y a un pont entre la partie caméra et la partie TASER.

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(© Axon)

Envisagez-vous de proposer la caméra à d’autres corps, comme les pompiers ou pourquoi pas, imaginer un modèle grand public ?

Nous travaillons depuis plus de 25 ans avec les forces de l’ordre dans de nombreux pays, et vous avez raison, en France, il y a une expérimentation en cours pour les sapeurs-pompiers. Nous avons équipé plusieurs Services Départementaux d’Incendie et de Secours (SDIS) de caméras-piétons Axon, mais aussi la police de la RATP (GPSR). Les agents assermentés des transports pourront aussi utiliser les caméras-piétons dès que le décret d’application sera publié (à priori cet été). C’est un secteur important pour nous. Ici, il n’est pas question de TASER, je tiens à le préciser.

Peut-on se faire une idée du prix au moins approximatif des caméras ?

Tout dépend du volume commandé, à la base. Mais le coût unitaire d’une caméra est de l’ordre de 500 euros.

« Notre TASER est équipé d’un micrologiciel qui enregistre chacune de ses actions dès l’allumage »

Vos caméras offre une définition « HD. » Peut-on avoir plus de détails ?

Il y a quatre définitions. On part du Full HD 1080p jusqu’à la basse définition. Plus la définition est meilleure, plus la vidéo consomme de stockage. Et en France, la réglementation limite le stockage des caméras-piétons à 6 mois. Mais si nos policiers ou pompiers veulent privilégier le Full HD, ils peuvent le faire.

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Une caméra © Axon qui équipe une patrouille de police municipale

De façon générale, on imagine qu’au niveau des forces de l’ordre, cette modernisation des technologies est appréciée ?

Effectivement, même si le déploiement n’est pas encore pleinement effectif. Il y avait des contraintes informatiques de réseau et de débit dans les commissariats et les gendarmeries. Donc les vidéos qu’ils ont actuellement, à ma connaissance, ne sont enregistrées que sur un ordinateur en local. Notre intérêt est de travailler en réseau et de pouvoir partager les informations entre différents commissariats, où comme ça se passe à Londres : entre la police et la justice. Sur place, nous avons équipé la police métropolitaine de Londres avec 22 000 caméras. Mais au-delà de ça, c’est le logiciel qui est important, puisque les données sont envoyées à la justice, qui les récupère et les traite de manière dématérialisée. C’est ce que j’essaie d’expliquer aux ministères de l’Intérieur et de la Justice, avec l’évocation de la procédure pénale dématérialisée. Cela permet de gagner du temps et d’être plus efficace au niveau procédural.

Vous disposez également d’une application mobile à destination des professionnels, Axon Capture.

L’application est téléchargeable depuis iOS et Android. Pour l’utiliser, il faut disposer d’un compte Evidence.com et être déjà client chez nous. Ici, c’est le smartphone qui sert de caméra, qui enregistre les données et les envoie sur la plateforme Evidence.com. Certaines communes au Canada l’utilisent. En France, certains professionnels souhaitent le faire.

« Notre intérêt est de travailler en réseau et de pouvoir partager les informations entre différents commissariats, où comme ça se passe à Londres : entre la police et la justice »

Et à côté de ça, il y a Axon Citizen ?

Oui, c’est une autre application, qui facilite la recherche de preuves. Elle permet de transmettre, soit par SMS, soit par mail, un lien. Les individus qui disposent de preuves vont pouvoir télécharger directement sur ce lien les informations, qui seront recueillies dans le logiciel Evidence.com par les forces de l’ordre. En Australie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, plusieurs acteurs l’utilisent et en sont satisfaits. En France, on n’a pas encore franchi le pas.

À Nice, un site internet – qui n’a rien à voir avec Axon – avait été lancé pour signaler qu’il se passe telle ou telle chose, mais il a été révoqué par la CNIL.

Vous parliez de la CNIL, cela nous permet donc de parler de la reconnaissance faciale. Et justement, Axon a pris position contre la technologie. Nous savons que des tas de procédures ou de polémiques ont pu éclater ces derniers mois, notamment à Marseille où des décisions ont mis à mal la reconnaissance faciale. Pouvez-vous nous en dire plus sur la position d’Axon ?

Chez Axon, nous l’utilisons pour identifier un visage dans une vidéo qui va nécessiter que tous les autres visages soient floutés. Ce sont des choses que nous faisons pour faciliter le travail des forces de l’ordre. Si nous allons au-delà et qu’on parle de matching pour recouper un individu dans une vidéo avec un fichier et des identités, nous sommes opposés. D’abord car la technologie ne nous semble pas suffisamment fiable. Puis il y a le problème éthique, et il manque le cadre juridique. Pour le moment, nous préférons reculer et ne pas faire de la reconnaissance faciale dite de « matching. » Il y a plusieurs niveaux sur la reconnaissance faciale. Il ne faut pas l’oublier.

« La reconnaissance faciale ? La technologie ne nous semble pas suffisamment fiable. Il y a aussi le problème éthique, et il manque le cadre juridique »

Croyez-vous à une réglementation à court terme de la reconnaissance faciale ?

Pas à court terme, non. La législation, en France, n’autorise pas, avec les caméras-piétons, la retransmission des images en direct. Il faut que nos textes évoluent, comme les technologies. J’imagine que tout cela fait partie des discussions dans le cadre du livre blanc de la Sécurité Intérieure en cours de rédaction.

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Le logo © Axon

Combien de personnes travaillent au service d’Axon aujourd’hui en France ? Aujourd’hui, le TASER reste-t-il votre principal marché ?

Notre équipe est petite et flexible, car nous travaillons avec des partenaires, avec des personnes utiles à notre travail. Notre plateforme logistique est en Allemagne, et il n’y a pas d’identité juridique en France, mais on dispose de toutes les ressources nécessaires pour être pleinement efficace.

La partie TASER s’accroît et reste majoritaire, et la partie caméra, qui n’existait pas il y a encore trois ans, prend de plus en plus d’ampleur.

Merci Cathy pour votre temps. On vous souhaite bonne continuation.

Merci à vous et à Clubic.

SNPM
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