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La saga des cours d’arabe à l’école

Alors que la rentrée scolaire approche, verrons-nous à nouveau élus et police municipale interdire au professeur d’ELCO l’accès à l’école élémentaire Reynier ? Quels sont les arguments pour et contre les cours de langue d’origine?

L’année scolaire 2016-2017 a été marquée à Six-Fours par une polémique sur les Enseignements de Langues et Cultures d’Origine (ELCO), polémique qui a trouvé un écho jusque dans la presse nationale. Ce dispositif créé il y a très longtemps comprend neuf pays : Espagne, Italie, Portugal, Turquie, le Serbie, Croatie, Algérie, Maroc et Tunisie. L’enseignement des langues de ces pays est proposé et financé par les consulats et non par l’Inspection académique.

A Six-Fours, il n’y a eu cette année que des cours d’arabe, dispensés à l’école élémentaire Reynier le vendredi de 11h30 à 12h30. Les élèves de l’école élémentaire Condorcet qui le souhaitaient se rendaient à Reynier pour suivre les ELCO.

Tous les parents ont été informés de cette possibilité

Les cours de langues d’origine sont optionnels. Les parents sont informés que cette possibilité existe à la rentrée. Auparavant, les enfants étaient ciblés selon leur nom de famille. Cette année, tous les parents ont été informés de cette possibilité, mais le courrier a été mal compris par une mère d’élève. Son post de septembre sur Facebook s’indignant du caractère obligatoire des cours d’arabe a mis le feu aux poudres. L’école a été prise en ligne de mire par des commentaires virulents et la directrice harcelée.

La position tranchée du maire

En octobre, le maire Jean-Sébastien Vialatte a adressé un courrier à l’inspecteur d’académie indiquant son refus de signer la fiche d’installation. Il y parlait de « catéchisme islamique » et prônait la suppression des ELCO au profit du soutien scolaire et de l’apprentissage de langues étrangères classiques sur le temps scolaire.

Le maire a ensuite pris un arrêté interdisant ces cours. Tout au long de l’année, les élus arborant leur écharpe tricolore et la police se sont alternés le vendredi à 11h30 aux portes de l’école élémentaire Reynier pour empêcher le professeur d’arabe d’y pénétrer. L’inspectrice et des conseillers pédagogiques se sont déplacés. Les parents, pris en otage, ne savaient jamais si les cours avaient lieu ou pas.

Une décision incomprise

Certains enseignants ont été surpris, voire choqués, par l’arrêté municipal. « Il faut se battre pour une école à une vitesse. L’école doit montrer une image de tolérance, d’autant plus que les enfants que l’on exclut sont souvent les plus pauvres. Les origines des enfants de France sont nombreuses et variées. Notre volonté est de tous les prendre en compte. » Les professeurs des écoles se sont demandé si la municipalité aurait agi de la même façon si une autre langue avait été enseignée. « S’agit-il d’intolérance ou de tentative de récupération des électeurs du FN à l’aube des élections ? »

En effet, le conseiller d’opposition Front national Frédéric Boccaletti a approuvé: « La décision est bonne. Je me réjouis de cet arrêté qui vient cependant tard car je le demande depuis 2010. Le maire a manqué de courage à l’époque. » Pour le frontiste, la ville n’est pas dans l’obligation de mettre ses locaux à disposition, gratuitement qui plus est. Lui-même d’origine étrangère, il parlait l’espagnol avec sa grand-mère et estime que les enfants doivent apprendre leur langue d’origine en famille ou au moins aux frais de leurs parents. « Que l’Education nationale investisse dans l’apprentissage du Français, que les enfants ne maîtrisent pas, en particulier ceux d’origine étrangère. »

Manque de précision

Interrogé sur le sujet, le maire Jean-Sébastien Vialatte nous a expliqué son opposition. Il estime que les ELCO encouragent le communautarisme et stigmatisent les enfants. S’il n’a pas apprécié la façon dont le cours d’arabe a été annoncé aux parents à Six-Fours, il s’est surtout dit inquiet pour des raisons de sécurité. Puisque, depuis les nouveaux rythmes scolaires, la semaine se termine le vendredi en fin de matinée, les cours d’arabe ont lieu pendant le temps périscolaire, dont il a l’entière responsabilité. « Qui est responsable de la sécurité de l’école en dehors du temps scolaire, le maire ou l’Education nationale ? Le professeur m’était inconnu et je n’ai pas accès aux fichiers S ! » Et pourtant ce professeur intervenait depuis plus de deux ans à l’école élémentaire Reynier.

Des citoyens « éclairés donc tolérants » en colère

La question fait débat même entre les enseignants. L’opposition du maire Jean-Sébastien Vialatte aux ELCO est partagée par quelques professeurs des écoles, même si pour des raisons différentes. Une institutrice reproche à l’Education nationale de lui faire faire un travail qui ne relève pas d’elle. « Ils nous ennuient, on n’a pas à s’en occuper. Cela relève d’une vision du monde égalitariste et du politiquement correct, mais les enfants ne deviennent pas bilingues grâce à ces cours, comme ils ne le deviennent pas quand on leur enseigne l’anglais au primaire. C’est un leurre, un emballage cadeau. On ne voit pas la réalité, que les enfants en échec sont en souffrance. Cela nous renvoie au rôle de l’école, qui est pour moi de former des citoyens éclairés. »

En novembre, le préfet a déposé un recours contre l’arrêté du maire devant le Tribunal administratif de Toulon. En autorisant le soutien et les nouvelles activités pédagogiques (APC), Jean-Sébastien Vialatte discriminerait entre les cours. Le maire a gagné deux fois en référé, mais a fini par perdre au printemps. Il dit qu’il fera appel. Affaire à suivre en septembre…

Myrto Konstantarakos, le 24 août 2017

Source:: La saga des cours d’arabe à l’école

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