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Drame de Millas : La lumière sur le fonctionnement du passage à niveau

La tragédie du 14 décembre 2017, nous amène à nous interroger sur le fonctionnement d’un passage à niveau ferroviaire…Dans le cadre d’une approche à une intersection (route, chemin, voie), il existe techniquement une zone courte qui permet la fermeture d’un passage à niveau. « Dès lors qu’un train entame sa progression dans la zone (détection vis à vis d’un essieu), cette zone de sécurité est à une vingtaine de mètres de part et d’autre du passage à niveau… » nous communique un cheminot conducteur de train T.E.R qui est en poste à Montpellier et qui tient à garder l’anonymat, le drame étant en région « Occitanie ».

1ère Étape...Les barrières sont ouvertes et le T.E.R n’a pas franchi la pédale d’annonce du passage à barrières (cette balise est située à plusieurs centaines de mètres en amont du passage). « Bien entendu, c’est en fonction des trains et de leur vitesse, que l’on placera la pédale d’annonce à distance, plus la locomotive tracte vite plus loin sera le système, pour permettre au machiniste d’effectuer son freinage, même en cas de nécessité ! » répond Pierre T( identité modifiée), notre contact à la S.N.C.F.

2ème Étape…Le train passe sur la fameuse pédale d’annonce, conséquence : La signalisation lumineuse et sonore s’active, les barrières auront quelques secondes pour se fermer (le système est controlé plusieurs fois, par des agents cheminots, dans le trimestre en cours). « La progression du train est dite en approche, lors de l’avance de la machine, le passage à niveau est en vue ! » souligne Pierre.

3ème Étape…Les barrières sont baissées, la signalisation sonore est stoppée, mais le feu rouge reste actif, pendant tout le franchissement du train, sur l’intersection qui oblige les usagers de la route à s’arrêter.

Le système de sécurité pour les trains

4ème Étape...Le train est passé sur la pédale de reddition (voir schéma), la signalisation lumineuse s’éteint, le train s’est déjà éloigné de plusieurs mètres. Les barrières s’ouvrent (attention le dernier wagon a franchi la pédale).

Dans le cadre de l’enquête de la tragédie de Millas, les divergences concernent le passage du train et du bus au même moment, d’où la collision qui a provoqué l’accident. Comment comprendre ce qui s’est passé ? Sur cette ligne de Perpignan à Villefranche de Conflent, les passages à niveau sont nombreux…« Une quarantaine en tout, si je me souviens bien… » annonce Pierre. Selon la conductrice du bus de la compagnie Faur (l’opérateur de transports scolaires, mis en cause), les barrières étaient levées, le feu de signalement éteint, lors de son insertion, avec l’autocar sur le passage de la voie ferrée. Côté conducteur du train, une autre version fait état d’un système fonctionnant et donc des barrières abaissées !

Le procureur de Marseille évoque un train roulant à une allure de 75 km/h, il précise que le bloc d’articulation des barrières était en position « fermée ». Cependant, il ne précise pas si c’est du au choc porté par la collision, ou par un bon fonctionnement technique du dispositif (l’enquête est en cours).

Le déshuntage (source SNCF)

A ce stade, on ne peut formuler que des hypothèses…Le système est grippé ? « 6 cas ont été recensé en 5 ans » m’informe Pierre. Pour être plus précis, on nomme « ledéshuntage » surtout sur les motrices de type X73500, ce qui à priori n’est pas le cas dans le cadre de la motrice de Millas. En compulsant la presse, j’ai retrouvé l’accident de 2006, de cette mère de famille qui a perdu la vie, au passage à niveau de la Roche-Maurice. La SNCF, ne souhaite pas faire l’amalgame avec ce drame qui lui a coûté 200 000 euros en amendes et 125 000 euros en dommages-intérêts. Si chaque année on constate une trentaine de morts  aux intersections entre les routes et le rail, le sujet est « tabou » pour la SNCF, qui évite les polémiques.

La SNCF précise qu’un équipement baptisé « pédale de shuntage » se trouve sur ce passage à niveau n°25. C’est une sécurité optimale en cas de problème majeur, les barrières se baissent systématiquement. Si le mécanisme est grippé que se passe t’il alors ? Dans la tragédie de Millas, le bloc d’articulation était fermé (source procureur), l’agent conducteur est tenu à arrêter sa motrice, alerter sa hiérarchie qui se déplacera pour sécuriser le passage à niveau, avec l’aide de la gendarmerie ou police municipale. Bon, on peut aussi penser que le bus passe, qu’il reste coincé sur les rails et que la deuxième barrière s’abaisse sur le toit du véhicule transportant les enfants ! Au moment où l’on rédige l’article, les enquêteurs travaillent sur cette possibilité, ils vont aussi questionner la conductrice pour lui parler de son regard périphérique (code de la route), dans le cadre d’un contrôle lors de la traversée de la voie unique ! Pour l’heure, la tragédie est constatée, on implore six morts et plusieurs blessés, dont 5 en état critique (source préfecture du 18/12/2017).

Eric Fontaine

Source:: Drame de Millas : La lumière sur le fonctionnement du passage à niveau

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