Docteur en droit, écrivain, compositeur

Il a écrit des choses abjectes, des phrases qui, aujourd’hui, vous mènent tout droit devant la XVIIechambre, corde au cou, sous un déluge de crachats, avec la potence au bout du chemin. Par exemple : « Les nègres, sortis des mains de leurs maîtres avec l’ignorance et tous les vices de l’esclavage, ne seraient bons à rien », et encore « Je ne vois pas la nécessité d’infecter la société active de plusieurs millions de brutes décorées du titre de citoyen, qui ne seraient en définitive qu’une vaste pépinière de mendiants et de prolétaires ». On entend déjà les hurlements des officines de la bien-pensance, les groupuscules de tous bords, les LICRA, LDH, MRAP, CRAN… Mais, Messieurs-que-je-n’ai-pas-entendus-hurler-sur-l’affaire-des-marchés-aux-esclaves-de-Libye-il-y-a-quelques-jours, ne vous gênez pas : tournez votre colère contre celui qui a écrit les phrases citées ci-dessus, faites des pétitions, mobilisez les radios, les télés, les journaux, manifestez dans la rue. Qu’on le pende en effigie, ce sale raciste ! Que plus jamais on ne prononce son nom ! Qu’il disparaisse, banni à tout jamais de nos mémoires, englouti dans les latrines de l’Histoire.

Et vous, les détracteurs compulsifs de la France dont vous êtes les citoyens, vous, les éreinteurs insatiables de ce pays qui est pourtant le vôtre, vous qui, à tort et à travers, réclamez qu’on vous respecte et qui lardez d’un coup de surin qui vous « regarde mal » ou vous refuse une clope. Oh ! vous qui brûlez du flic et cramez du pompier, vous, les encapuchonnés qui tenez le pavé de ces quartiers dont vous vous êtes proclamés les caïds. Et vous, les beugleurs de rap, champions de la musique à une note et qui hurlez « J’baise vot’ nation » et « La France est un pays de putes » ? Qu’en dites-vous ? Au bûcher, ce type, non ?

Attendez ! Vous n’avez pas tout lu. Il a dit aussi : « La seule chose dont on doive s’occuper aujourd’hui, c’est de tarir la source de l’esclavage en mettant fin à la traite. Envisager la question autrement, c’est faire du sentiment en pure perte » 1.

Ah ! Mais voilà qui change tout ! Comment s’appelle-t-il ? Attendez un peu. Vous n’en avez jamais entendu parler à l’école, je suis sûr ! Un bonhomme qui traite les Africains de « nègres » comme une vulgaire Agatha Christie, ça ne vaut pas une ligne dans les livres scolaires.

Et pourtant… Le respect que vous exigez du monde entier, rendez-le-lui. L’admiration que vous dispensez à vos petits caïds délinquants, donnez-la-lui. Devant ses rares statues, courbez la nuque. Pliez le genou devant sa silhouette d’un autre âge et sa barbiche frisottante. Il était un enfant de cette France « pays de putes », il a œuvré toute sa vie pour que vous ne vous fassiez plus « baiser ».

Il a aboli l’esclavage.
Le 25 décembre, nous célébrerons le 124e anniversaire de sa mort.
Il s’appelait Victor Schoelcher.
C’est grâce à lui que beaucoup d’entre vous existent, aujourd’hui.

Notes:

  1. Les citations sont extraites de l’article « Des Noirs », signé Victor Schoelcher, paru dans la Revue de Paris 1830, tome XX, p. 71 et s.