Quatre lettres, G-L-T-D, brandies comme une promesse. Associant magistrats, police nationale et municipale, Éducation nationale, bailleurs sociaux et municipalité, ce groupe local de traitement de la délinquance est un outil présenté comme fonctionnel, concret, destiné à s’unir pour mieux lutter. Contre l’insécurité. Contre le trafic de drogue. Contre la déscolarisation. Contre tous ces maux qui tirent le quartier de Planoise vers le bas.

Simple effet de manche ou effort payant ? Edwige Roux-Morizot, procureure de la République de Besançon et présidente du GLTD, croit au bien-fondé de ce nouveau dispositif. Les chiffres parlent : en bientôt quatre mois, les policiers ont procédé, dans le seul quartier de Planoise, à 48 interpellations d’individus suspectés d’appartenir à un réseau de vente de stupéfiants.

« C’est devenu insupportable »

« Pour que la prévention fasse son chemin, la répression est nécessaire. Là, on gère l’urgence, à savoir le trafic de drogue et l’occupation illicite des parties communes d’un immeuble, ce qui va souvent de pair. » Cette seconde infraction est difficile à constituer juridiquement, car elle suppose de constater plusieurs épisodes d’occupation sur la durée. Mais elle n’est pas impossible.

« Le deal à Planoise n’est pas nouveau », pointe Edwige Roux-Morizot, « mais là, c’est devenu insupportable. Si la délinquance fait partie de la nature humaine, il est possible de la contenir. C’est une question de seuil de tolérance. Pour les gens qui vivent dans les immeubles squattés par les dealers, c’est épouvantable. Ce quartier mérite mieux que la caricature qu’il s’est lui-même construite. »

Les points de deal à Planoise sont connus de tous. Répertoriés. « On en a compté 26 », précise la procureure. La police cible des opérations sur ces vitrines connues de tous (édition abonnés) puis interpelle à tour de bras, avec dans la foulée, un défèrement systématique au parquet. Ouvertures d’informations judiciaires et comparutions immédiates se succèdent. Peines de prison ferme et mesures d’éloignement géographique sont régulièrement requises. La justice serre la vis.

Outre la pression mise sur les espaces communs squattés, la police fait parfois de belles découvertes.

8 janvier 2017 : un chien spécialisé dans la recherche de stupéfiants marque devant la porte d’un appartement situé rue de Savoie, où logeait un couple jouant le rôle de nourrices. À l’intérieur : 2,5 kg d’héroïne, 42 g de cannabis et 38 g de cocaïne, le tout pour une estimation de 80 000 € à la revente.  Photo DRPhoto HD8 janvier 2017 : un chien spécialisé dans la recherche de stupéfiants marque devant la porte d’un appartement situé rue de Savoie, où logeait un couple jouant le rôle de nourrices. À l’intérieur : 2,5 kg d’héroïne, 42 g de cannabis et 38 g de cocaïne, le tout pour une estimation de 80 000 € à la revente. Photo DR

Complémentaire avec les enquêtes de fond

« On saisit de l’argent liquide et du cannabis, mais aussi des bonbonnes d’héroïne et de cocaïne », détaille Edwige Roux-Morizot. « Il y a une grande diversité de produits. Les quantités retrouvées ne sont pas forcément importantes, mais on sait que le gros de la marchandise n’est pas sur les points de deal. » Mais plutôt chez ceux qu’on appelle les nourrices.

Les langues critiques souligneront qu’en matière de drogue, ces points de deal ne sont que l’écume qui cache la lame de fond. « Cette politique d’interpellations des petites mains n’empêche pas la poursuit d’enquêtes d’envergure par la brigade des stup’ ou la PJ », répond la procureure. « Les gros, on ne les lâchera pas. Et les petits non plus. On va leur compliquer la vie, à tous. Il n’y aura plus d’argent facile à se faire ni à Planoise, ni nulle part à Besançon. »

Willy GRAFF