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Procès Moucouta: «Il y a eu de graves dysfonctionnements»

Posted On 10 Mar 2018
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Les avocats de Moucouta ont dénoncé des dysfonctionnements au sein de la centrale./ Photo D.P.
Les avocats de Moucouta ont dénoncé des dysfonctionnements au sein de la centrale./ Photo D.P.

La deuxième journée du procès en appel d’Emmanuel Moucouta devant le tribunal de Pau a mis en lumière le fonctionnement de la centrale pénitentiaire de Lannemezan, théâtre de la tentative d’assassinat.

La deuxième journée du procès en appel d’Emmanuel Moucouta devant le tribunal de Pau a mis en lumière le fonctionnement de la centrale pénitentiaire de Lannemezan, théâtre de la tentative d’assassinat.

C’est le personnel de l’administration pénitentiaire qui était cet après-midi à la barre. L’ancien chef de détention a indiqué avoir reçu Emmanuel Moucouta une semaine avant le drame : «Il était en conflit avec ses voisins de cellule. Je l’ai reçu, il ne voulait pas changer d’étage et n’a pas voulu que j’aille voir M. El Abassi pour ne pas faire empirer la situation. Il m’a dit qu’il avait peur de ce qu’il était capable de faire, ça veut tout et rien dire. J’ai fait remonter l’info afin que tout le monde soit au courant». La présidente du tribunal lui demande s’il a été étonné lorsqu’il a appris l’agression : «Oui, bien sûr ! j’ai cru que c’était M. Moucouta qui avait été agressé. Je l’ai croisé et il m’a dit quelque chose comme «Chef, je vous avais prévenu». «Est-ce que vous estimez qu’il vous avait prévenu ?», demande la présidente. «À sa façon, certainement.» Me Mesa, avocat de la défense, demande à son tour : «M. Moucouta parlait de problèmes graves, ce n’est pas anodin». Le chef de détention s’explique : «Ce genre d’incident arrive régulièrement». «C’est pas tous les jours !» riposte l’avocat, ce à quoi répond le témoin : «Non, mais ça arrive souvent et c’est pour ça que j’ai relayé l’information au responsable de secteur». Me Mesa poursuit : «Des détenus qui ont des armes artisanales, tout cela est un peu surprenant. Il avait cette arme depuis longtemps dans sa cellule, il l’avait dans sa poche». Et l’avocat de terminer : «Pour moi, entre le 30 mars et le 7 avril, il y a eu de graves dysfonctionnements».

Signalement

Le témoignage d’un surveillant en poste la veille de l’agression a confirmé la fameuse altercation entre les deux détenus : «J’étais présent, il y avait une tension entre les deux, j’ai fait un compte rendu et averti le gradé du bâtiment. M. El Abassi avait proféré des menaces envers M. Moucouta comme quoi il se passerai quelque chose le lendemain matin, je l’ai signalé». Une notification sur le cahier de liaison stipulait, en effet, que ces deux détenus étaient «à surveiller». La présidente demande : «Est-ce qu’il y a eu un manque de communication ?». Réponse du surveillant : «De mon côté, j’ai fait le signalement, ensuite, s’il y a eu un manque de communication, peut-être. La tension était palpable, j’étais certain qu’un incident allait se produire». Le surveillant présent le 7 avril dit avoir vu cette mention sur le cahier : «On y fait attention mais c’est quelque chose qui est régulier». Sur le comportement de l’accusé, après les faits, l’homme note «il était calme».

L’adjointe de direction a de nouveau été entendue, admettant «on n’est pas psychiatre mais on a certainement mal évalué M. Moucouta».

Lundi, après les réquisitions de l’avocat général et les plaidoiries de la défense, Emmanuel Moucouta sera fixé sur son sort.


Une personnalité complexe

La manière de fonctionner d’Emmanuel Moucouta a été passée au crible, notamment avec l’intervention d’experts. La psychologue clinicienne, qui l’a rencontré à deux reprises en 2016, se souvient d’un jeune homme au discours très flou, voire contradictoire, avec des carences éducatives et des difficultés familiales. «Il n’exprime pas ses émotions et ne prend pas en compte l’autre tout en présentant beaucoup de souffrance sans toutefois la reconnaître. Il fait preuve de méfiance et avait un discours mystique extrêmement important, voire délirant.» Sur les faits qui lui sont reprochés, la psychologue insiste sur le fait «qu’il n’a aucun remord». Une personnalité impulsive est aussi relevée : «M. Moucouta, au regard de sa manière de fonctionner, on peut s’interroger sur sa dangerosité car il est dans une posture de toute puissance, de persécution et d’incapacité d’élaboration ; il a besoin d’une structure ou d’un contenant, d’un accompagnement extérieur, si on le laisse tout seul, il peut arriver à un passage à l’acte. Il nécessite un accompagnement en psychiatrie mais il faut qu’il le souhaite. Or, il m’a dit «je ne suis pas fou, je n’ai pas de problèmes». Un psychiatre relèvera que l’accusé «n’a pas de sentiment de honte ou de culpabilité» par rapport aux faits reprochés mais aussi «un caractère antisocial et une faible tolérance aux conflits, pas de maladie mentale mais une dimension psychopathie de la personnalité».

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