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Hommage à Arnaud Beltrame. « Son acte génère une forme de résilience de la société

Posted On 27 Mar 2018
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Par sa décision de prendre la place d’une otage, Arnaud Beltrame n’a pas seulement mis fin à l’équipée meurtrière du terroriste Radouane Lakdim. Un hommage national lui est rendu aux Invalides mercredi 28 mars. La bravoure de son acte suscite l’admiration d’une société endeuillée, souligne la philosophe Monique Castillo. Et atténue le sentiment de peur que cherchent à diffuser les terroristes, pointe le sociologue Claude Weber.

Son acte de bravoure force l’admiration. En se substituant à une otage prise aux mains du terroriste Radouane Lakdim, dans le Super U de Trèbes, le lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame n’a pas seulement sauvé une vie et mis fin à une équipée meurtrière. Cet homme, « tombé en héros » comme l’a dit le président Macron, soulage, par son courage, et les valeurs qu’il incarne, une société endeuillée par la violence aveugle. La Nation lui rend hommage mercredi 28 mars aux Invalides.

Son geste a ému par sa « grandeur, par sa noblesse », et son caractère totalement désintéressé, dit la philosophe Monique Castillo. « Il s’est sacrifié en donnant sa vie pour que d’autres vivent, souligne-t-elle. Il est le vrai héros face au faux héros, Radouane Lakdim, qui ne fait qu’exalter la violence et la mort quand lui, Arnaud Beltrame, incarne une culture de la vie ».

Il nous donne aussi l’occasion d’admirer à un moment où l’on ne pourrait faire que pleurer. Ce besoin d’admiration est un « besoin de l’âme » disait Simone Weil, rapporte la philosophe.

L’incarnation de valeurs collectives

Pour Monique Castillo, « ce geste, public et collectif, émeut » d’autant plus dans une société « utilitariste, très individualiste ». Arnaud Beltrame a « incarné physiquement des valeurs collectives, en agissant au péril de sa vie ».

« Servir son pays : cet engagement au service de la nation, de la société est très présent chez les militaires, chez les officiers en particulier pour lesquels le choix d’une carrière n’est jamais un choix par défaut », souligne le sociologue Claude Weber, maître de conférences aux écoles militaires à Saint-Cyr Coëtquidan, dont Arnaud Beltrame est sorti major en 1999 de l’école militaire interarmes.

« Tuer, mourir ou perdre des hommes sous son commandement » sont des questions auxquelles ces jeunes sont confrontés très tôt. Les cours, lectures, conférences de militaires de retour d’opération, mais aussi d’aumôniers, les discussions avec les cadres des écoles, accompagnent les élèves dans ces questionnements.

Pas dans les procédures

« La question du courage, du sacrifice, de la mort sous toutes ses formes y est constamment posée, comme lors des commémorations qui rappellent les comportements héroïques des anciens », poursuit le sociologue. Chacun, ensuite, fait son cheminement personnel.

« D’ailleurs, ce qu’a fait Arnaud Beltrame – se substituer à une otage- ne fait pas partie des procédures ou ne résulte pas d’un ordre ; c’est une décision qu’il lui appartenait. Son geste spontané était donc très intime, très profond. Il correspond à la personnalité de cet homme, ce qu’en disent ses camarades, ses frères d’armes, à la traduction extraordinaire de son engagement au service des autres».

Résilience

Par son acte héroïque, Arnaud Beltrame « rappelle aussi que les forces armées remplissent quotidiennement leurs missions », estime encore Claude Weber. Il « rassure »« Tout le monde est triste et à la fois fier. Son acte, d’une force sans commune mesure, et que l’on voit surtout dans les films, génère une forme de résilience. Il oppose aux actes terroristes une capacité de la société à encaisser ce genre de drame. On peut faire face à l’adversité, même si cela n’empêche pas le deuil. »

Par son geste, Arnaud Beltrame entrave, aussi, la peur généralisée que cherchent à diffuser les terroristes, en agissant ainsi, de manière isolée, dans une petite ville, en province. Via les médias qui se sont saisis de cet acte héroïque, « un sentiment plus fort de la capacité à faire face peut en résulter », poursuit le sociologue. « Cette démonstration du sacrifice, pour des valeurs opposées à celles des terroristes, peut enrayer la terreur que ces derniers tentent de diffuser ».

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