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Harcèlement : pour un bouleversement culturel

Point de vue. Par Yvan Droumaguet, philosophe et essayiste.

Quelques jours avant son décès, l’anthropologue Françoise Héritier estimait que la libération de la parole des femmes pouvait avoir des conséquences considérables, à condition de s’attaquer à une domination masculine fort ancienne et profondément enracinée.

En effet, si les harceleurs peuvent profiter d’une position de pouvoir économique ou hiérarchique, le simple fait d’être un homme suffit à se sentir supérieur et à devenir agressif, comme en témoigne le harcèlement de rue. Or, disait-elle, « on a si longtemps accepté lidée que le corps des femmes appartenait aux hommes et que leur désir exigeait un assouvissement immédiat ».

C’est là un point essentiel : toute mesure législative permettant de mieux sanctionner les agressions sexuelles sur les femmes et les jeunes adolescents est une bonne chose, mais les rapports entre les hommes et les femmes ne changeront vraiment que si on parvient à éradiquer deux préjugés : le caractère irrépressible du désir masculin et son complément, la représentation de la femme comme principal objet de désir et donc au fond responsable de ce qui lui arrive.

Combien de femmes violées se vivent encore honteuses et coupables ? Pour éviter de devenir des proies, les femmes n’auraient-elles pour solution que de rester enfermées entre quatre murs ou de se rendre invisibles dans l’espace public ?

Remédier à cela exige un combat politique et juridique, mais surtout culturel. Il faut, et c’est là une entreprise de longue durée, substituer à une culture de la domination une culture de l’égalité qui assure aux femmes sécurité et liberté dans l’espace public comme en privé.

Le silence profite aux agresseurs

Pour mener à bien ce bouleversement culturel, il faut d’abord que se poursuive la libération de la parole des victimes, parce que le silence profite toujours aux agresseurs. La prise de parole collective aide à surmonter la honte d’une victime humiliée et culpabilisée quand l’agresseur se sent tout-puissant.

Il est aussi essentiel de comprendre les liens existant entre le viol et les représentations dégradantes des femmes nourries par la prostitution et la pornographie. La prostitution elle-même n’est pas autre chose que le moyen pour les hommes de s’approprier le corps des femmes en échange d’argent. La croyance selon laquelle des femmes se prostitueraient librement est un préjugé contraire à toute raison. On ne mettra pas fin à la domination masculine sans mettre fin à la prostitution.

L’imaginaire sexuel masculin est, et cela très tôt, imprégné de pornographie montrant les femmes comme des objets de plaisir et des tentatrices sur lesquelles les hommes peuvent projeter leurs fantasmes de domination. Cela n’est bien sûr pas sans effet sur les relations entre les hommes et les femmes en général.

La force des préjugés c’est aussi qu’ils peuvent masquer la réalité de relations, en particulier quand une contrainte psychologique prend l’apparence trompeuse d’un consentement. Consentir, c’est accepter ce qui est demandé par l’autre. Il est nécessaire de bien considérer ce que l’on veut soi. Pour cela, il faut avoir soin de préserver son intimité et veiller à distinguer ce qui relève de la vie professionnelle et sociale et ce qui est du cadre privé. Le harcèlement s’entretient culturellement de la confusion des domaines.

Au fond, c’est l’ensemble de nos habitudes et de nos croyances que nous devons mettre en question si nous voulons mener à bien un changement émancipateur pour les femmes mais aussi pour les hommes.

SNPM
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