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Abdelkader Merah complice et mauvais génie devant ses juges

Posted On 30 Sep 2017
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ABDELKADER MERAH COMPLICE ET MAUVAIS GÉNIE DEVANT SES JUGES

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) – Une cour d’assises spéciale s’efforcera d’établir à partir de lundi à quel point Abdelkader Merah, 35 ans, a été le mauvais génie de son frère cadet Mohammed, l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012.

Mohammed Merah a été abattu le 22 mars 2012 à Toulouse par la police lors de l’assaut donné à l’appartement où il s’était retranché après avoir tué par balles trois militaires, trois écoliers juifs et le père de l’un d’eux.

Comme la cellule djihadiste dite de Cannes-Torcy, dont les membres ont été jugés en juin par une autre cour constituée de magistrats professionnels, ces meurtres de sang-froid ont été l’une des prémisses des attentats de 2015-2016.

D’abord décrit comme un « loup solitaire », Mohammed Merah baignait en fait dans un réseau familial et amical, un schéma de relations et d’influences que l’on retrouvera par la suite dans d’autres entreprises terroristes.

« Le mérite de ce procès sera de démontrer qu’il n’était pas un loup solitaire, qu’il était dans un réseau, a bénéficié d’une logistique », a déclaré à Reuters Me Béatrice Dubreuil, avocate de la famille d’un militaire tué à Montauban, Abel Chennouf.

Pour l’accusation et les parties civiles, Abdelkader Merah a joué un rôle-clef dans le passage à l’acte de son petit frère.

« Je considère que Mohammed Merah était le bras armé d’Abdelkader », déclare ainsi Me Dubreuil.

« L’implication idéologique d’Abdelkader Merah ne fait pas de doute. Tout l’enjeu est de savoir à quel point il est impliqué dans l’aspect opérationnel », renchérit Guillaume Denoix de Saint-Marc, directeur général de l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT), autre partie civile.

UNE RADICALISATION ANCIENNE

Abdelkader Merah, franco-algérien, incarcéré depuis mars 2012 et détenu actuellement en région parisienne, a passé les trois dernières années à l’isolement. Il est jugé pour participation à une association de malfaiteurs en vue de préparer un crime d’atteinte aux personnes et pour complicité d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste.

Il est notamment accusé d’avoir « provoqué » son frère au crime et de lui avoir apporté un soutien logistique en participant au vol du scooter utilisé par le tueur.

Il nie toute implication dans l’équipée sanglante de Mohammed Merah, bien qu’il ait admis pendant l’instruction avoir participé au vol du scooter.

Mais les enquêteurs ont établi que sa radicalisation était « ancienne et profonde », ancrée dans la mouvance salafiste toulousaine « où il semblait tenir une place importante ».

Selon eux, il était ainsi en contact avec un ancien responsable des frères musulmans syriens en France, Sabri Essid, et un gourou de la pensée islamique radicale, Olivier Corel, et a effectué quatre séjours en Egypte, entre 2006 et 2011.

Lors de sa première audition par le juge d’instruction, il a déclaré être « fier » de la façon dont son frère était « mort en combattant » parce que c’était ce qu’enseignait le Coran.

Ce peintre en bâtiment de formation, qui a alterné missions d’intérim et périodes de chômage, a été condamné cinq fois entre 2003 et 2009, notamment pour violences sur sa mère, ses soeurs et son frère aîné, Abdelghani.

Abdelghani a condamné les actes de Mohammed et effectué début 2017 une marche en France pour dénoncer l’intégrisme religieux. Il a décrit aux enquêteurs, ainsi que dans un livre et des interviews, l’influence qu’ont eue, selon lui, Abdelkader et d’autres membres de la famille, dont sa soeur aînée, Souad.

Abdelkader, « grand manipulateur », a poussé Mohammed à se tourner vers le salafisme et à passer à l’acte, dit-il.

LA SOEUR ABSENTE

Mais selon Abdelghani, ce n’est pas le seul membre de la famille qui a joué un rôle dans la dérive islamiste de son petit frère, élevé selon lui « dans une atmosphère de racisme et de haine », comme il le raconte dans son livre, « Mon frère, ce terroriste », co-écrit avec le journaliste Mohammed Sifaoui.

Il met notamment en cause sa soeur. « Souad n’ignorait rien (…) des intentions djihadistes de Mohammed », écrit-il. « Tout montre que, au contraire, elle l’a soutenu dans sa folie. »

Souad, mère de quatre enfants, vit aux dernières nouvelles en Algérie, chez son père, ex-dealer qui a fait parler de lui en portant plainte pour meurtre contre les autorités françaises après la mort de Mohammed, et chez qui elle s’est réfugiée en 2014 après un voyage avorté en Syrie.

Son ancien mari Abdelouahed el Baghdadi, candidat présumé au djihad parti en Syrie, a pour sa part été arrêté et incarcéré à son retour en France en septembre 2014.

L’autre prévenu jugé en même temps d’Abdelkader Merah, Fettah Malki, 34 ans, délinquant multirécidiviste de nationalité algérienne, est pour sa part accusé d’avoir fourni au tueur un gilet pare-balles, des armes et des munitions.

Le procès doit s’étaler sur 24 jours d’audience, avec 232 parties civiles. Abdelkader Merah est défendu par trois avocats, dont le ténor du barreau Eric Dupond-Moretti.

« En même temps, il ne faut pas trop attendre de ce procès, parce que l’auteur principal est mort », nuance Guillaume Denoix de Saint-Marc. « Il ne faut pas en faire un procès-spectacle. »

Abdelkader Merah encourt la réclusion criminelle à perpétuité et Fettah Malki une peine de 20 ans de prison.

(Edité par Sophie Louet)

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