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Violences scolaires : « On m’a traitée de raciste et de sale pute »

Posted On 28 Oct 2018
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Depuis la diffusion de la vidéo d’un élève braquant sa professeure avec un pistolet factice à Créteilla parole se libère chez les enseignants. Le #PasDeVague regroupe maintenant des dizaines de milliers de messages de professeurs qui osent parler de ce sujet jusqu’ici tabou : la violence exercée par une minorité d’élèves envers le corps enseignant.

Quatre cent quarante-deux incidents graves sont signalés chaque jour dans les collèges et lycées de France d’après la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), un chiffre malheureusement stable depuis des années et largement sous-évalué (tous les faits n’étant pas signalés). Les violences verbales représentent 40 % des faits, les violences physiques – principalement entre élèves – 30 %.

Ces agressions, menaces, intimidations ou insultes ne touchent pas que les professeurs. Surveillants, conseillers principaux d’éducation et personnel de direction sont également en première ligne. Quelques-uns, sous le couvert de l’anonymat, ont accepté de se confier au Point.fr. Ils racontent le jour où la violence est entrée dans leur quotidien, sur leur lieu de travail. Derrière l’anecdote personnelle, ils dénoncent tous le manque de soutien de leur hiérarchie et des sanctions trop légères, voire inexistantes ou inapplicables.

Julia*, 26 ans, professeure de maths dans le Cher

« C’était ma deuxième année, j’en garde un souvenir horrible. Je naviguais entre deux établissements : dans le premier, tout se passait bien ; dans le deuxième, ça s’est très mal passé dès le début. J’avais 23 ans, je débarquais. Et puis je fais plus jeune que mon âge, donc j’avais du mal à m’imposer. Les élèves de cette classe de quatrième, que je n’avais qu’une heure par semaine, ont essayé de me bizuter, je pense. Dès le premier cours, les trois quarts ne m’écoutaient pas, et puis ça a viré au délire total : certains s’asseyaient sur les tables, hurlaient, ils faisaient tous du bruit, trop de bruit. Il y en a un qui m’a défiée en me disant que jamais ça n’avait été un bazar pareil. J’avais beau essayer de faire cours et d’élever la voix, personne ne me prenait au sérieux. À la fin, j’ai pris les carnets de correspondance des meneurs, certains se sont rebellés. Je n’ai pas cédé, j’ai mis des mots. L’un d’eux m’a traitée de raciste parce que j’avais pris le carnet d’un élève issu de l’immigration. Un autre m’a lancé : Sale pute ! en claquant la porte. Je suis restée clouée sur place, puis j’ai craqué. Je me suis effondrée en larmes.

Mes collègues m’ont poussée à aller voir la principale, moi, je n’avais pas trop envie. Sa première question a été : Comment ça se passe dans l’autre collège ? Est-ce que vous avez des problèmes ? Elle n’écoutait pas mon récit et, d’emblée, elle me suspectait ! Je l’ai mal pris. Elle m’a juste conseillé d’être un peu plus ferme la prochaine fois.

J’ai redouté cette heure de cours toute l’année. De moins en moins d’élèves venaient à mon cours. À la fin, ils étaient 11 sur 28. J’avoue que j’ai fini par baisser les bras… Certains étaient scotchés sur leur téléphone et on ne pouvait pas leur confisquer, car le CPE était débordé. Si je donnais une heure de colle, on me répondait qu’il y avait trop d’élèves collés et pas assez de salles… Et puis, l’équipe dirigeante ne voulait pas faire trop de conseils de discipline pour ne pas avoir mauvaise réputation. Mais, moi, je ne pouvais pas être crédible si mes sanctions n’étaient pas suivies d’effet. Depuis, quand je veux sanctionner un élève, je me demande toujours : est-ce que je vais être suivie ? Du coup, j’y réfléchis à deux fois… »

*Prénom modifié.

SNPM
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