C’était un peu bizarre quand on est tous revenus du cinéma. C’est vrai qu’on a un peu serré les fesses quand on est passé près de la rue de l’Abbé-Risse. Y‘avait encore des policiers et des bandes comme dans les films. Alors, on s’est dit que c’était bien arrivé ! », raconte ce garçonnet de 6e.

Élève à la Miséricorde, il a vu sa sortie cinéma pas mal perturbée, vendredi matin. Et pour cause, quelques minutes avant de prendre le chemin du Caméo-Ariel, une fusillade a éclaté tout près de l’établissement scolaire de la colline Sainte-Croix ( RL d’hier ), cœur historique de Metz.

Des coups de feu juste avant 9 h

Au lendemain de cet événement, dont on parlera encore longtemps dans la cour de récréation, son copain de classe se demande encore s’il n’a pas aperçu un homme armé, après les coups de feu et au milieu de la route. Sa mère s’en inquiète : « J’espère que les petits n’ont rien vu. Il dit le contraire, mais je crois qu’ils se font tous un peu des films. »

« Des types qui tirent en l’air »

Six enseignants et deux AVS encadraient ce groupe de 6e , vendredi matin. « Nous avons fait l’appel dans le hall d’entrée, quelques minutes après 9 h et nous sommes sortis dans la rue, raconte ce professeur. J’avais à peine fait traverser les enfants que trois élèves de terminale sont arrivés sur nous en courant et en nous criant qu’il ne fallait pas aller vers l’Abbé-Risse, que des types tiraient en l’air tandis qu’ils se rendaient au gymnase. Nous avons aussitôt tous fait demi-tour et confiné les élèves dans le hall d’entrée. La police a été alertée immédiatement. Nous avions tous un peu de mal à croire à tout ça ! On se demandait s’il s’agissait de vraies armes, d’une vraie scène… Évidemment, les terminales ont raconté ce qu’ils avaient vu. Les petits ont donc pu entendre des choses, mais ils n’ont vu aucun des tireurs ni qui que ce soit d’autre. »

Plan particulier de mise en sécurité

Puis, il a fallu patienter, attendre que les forces de l’ordre interviennent. « Nous avons aperçu des riverains dans la rue. C’est eux qui nous ont informés que la police était présente et qu’elle était en train de quadriller tout le quartier », poursuit l’enseignant.

Entre-temps, la direction de l’établissement déclenchera son plan particulier de mise en sûreté (PPMS). « Afin de confiner nos élèves dans les salles de classe, écrit-elle dans un communiqué. Nous avons aussi demandé aux professeurs qui étaient à l’extérieur de garder les élèves à l’abri. Quelques dizaines de minutes plus tard, les services de police nous ont informés que la situation avait été gérée. Nous avons donc levé le dispositif PPMS vers 9 h 30. »

Le cinéma par un autre chemin

Les élèves de terminale qui ont assisté à la scène de tir ont rapidement été pris en charge par les policiers afin d’être entendus et pouvoir livrer rapidement les éléments en leur possession.

Les enseignants encadrant les 80 élèves de 6e , ont, pour leur part, décidé de reprendre le chemin du cinéma.

« Nous avons changé de parcours, raconte ce professeur. Nous avons pris la direction de la place Jeanne-d’Arc. Bon, ça va, ça rigolait dans les rangs, c’était détendu. Au retour, c’est vrai que les gamins ont réalisé qu’il y avait effectivement eu des tirs pas loin de leur collège ! Je pense qu’on a réagi aussi vite qu’on a pu et au mieux pour mettre les élèves en sécurité. Mais tout ça est un peu dingue quand même… »

Retour sur cette fusillade survenue vendredi matin sur la colline Sainte-Croix à Metz, en pleine rue et près d’un établissement scolaire. Une scène d’une rare violence qu’enseignants, élèves et parents ont du mal à digérer et qui questionne sur les débordements de la délinquance dans le cœur de la ville.

Sébastien Koenig – adjoint à la sécurité à Metz : « L’excellente réactivité de tous »

« Cette affaire me conforte dans la décision d’avoir armé la police municipale », souligne Sébastien Koenig.  Photo archives RL/Karim SIARI.
« Cette affaire me conforte dans la décision d’avoir armé la police municipale », souligne Sébastien Koenig. Photo archives RL/Karim SIARI.

Adjoint au maire de Metz en charge de la sécurité, Sébastien Koenig revient sur ces événements qui ont causé un vif émoi.

Quand avez-vous eu connaissance de cette fusillade ? »

Sébastien KOENIG : « Au moment même ! Je me trouvais justement au poste de la police municipale quand ça s’est passé. La directrice de La Miséricorde a prévenu la police en disant qu’elle avait entendu des coups de feu. Sur les ondes, la présence d’un homme, vêtu d’orange, qui tirait des coups de feu a été signalée rue des Murs. Il était également question d’un second homme, vêtu d’un pantalon blanc, mais il s’est avéré que c’était la victime. On a appris par la radio que le tireur présumé prenait la fuite par le jardin des Tanneurs. Il n’y a pas de caméra de vidéosurveillance sur ce secteur-là. Dans la foulée, la victime s’est présentée à un équipage de la brigade anticriminalité. »

En tant qu’adjoint à la sécurité à la Ville de Metz, quel enseignement tirez-vous de cette affaire ?

« Nous sommes vigilants ! Nous ne pouvons que nous féliciter de la très bonne réactivité de tous. Les élèves de La Miséricorde ont été confinés dans l’établissement. Quant aux effectifs de la police municipale et nationale, ils se sont rendus très rapidement sur les lieux. C’est assez perturbant d’avoir un tireur sur la colline Sainte-Croix mais c’est exceptionnel heureusement. Rappelons également qu’il s’agit d’une arme de poing, type revolver, et non d’une arme de guerre. »

Après les attentats de 2015, Dominique Gros avait décidé d’armer ses policiers municipaux. Jusque-là, ces agents étaient dotés uniquement d’un armement de type matraques, bombes lacrymogènes ou lanceurs de balle de défense. Qu’en pensez-vous au regard de ces événements ?

« Tout cela ne fait que me conforter dans ma décision d’avoir équipé la police municipale. Il faut quand même rappeler que cinq douilles de 9 mm ont été retrouvées au sol. La veille au soir, c’est dans le quartier de Borny qu’éclatait une autre fusillade au cours de laquelle deux frères avaient été blessés. Reste, maintenant, à établir le mobile de ces deux affaires et savoir si elles sont liées ou non. Est-ce du règlement de comptes entre trafiquants ou autre chose ? »

Des habitants sous le choc

Rue de l'Abbé-Risse à Metz, cette voiture présentait des impacts de balles témoins de la violence des tirs vendredi. Photo Gilles WIRTZ.
Rue de l’Abbé-Risse à Metz, cette voiture présentait des impacts de balles témoins de la violence des tirs vendredi. Photo Gilles WIRTZ.

Au lendemain de la fusillade qui s’est produite, vendredi matin, vers 9 h, rue de l’Abbé-Risse, les habitants du quartier accusaient le coup.

• Nathalie*, riveraine de la rue des Récollets  : « J’étais déjà partie travailler quand ça s’est produit. L’une de mes voisines a entendu les coups de feu depuis son appartement. Sur le coup, elle n’a pas réalisé ce qu’il se passait tellement c’est impensable dans les rues de Metz. Elle m’a parlé d’une douzaine de tirs. C’est terrifiant, surtout que nous sommes à proximité d’une école et du conservatoire. Tous les jours, des enfants circulent dans ces rues. Il aurait pu y avoir un drame. Nous ne sommes qu’à quelques centaines de mètres des rues piétonnes du centre-ville ! Là où circulent quotidiennement des passants. »

• Sébastien* réside au foyer de jeunes ouvriers, rue de l’Abbé-Risse : « Je n’étais pas là au moment de la fusillade mais quand j’ai entendu parler de cette affaire à la radio, j’ai aussitôt pensé qu’il y avait eu un problème au sein du foyer. Ici, il y a des gens de tous horizons : de jeunes travailleurs comme moi, quelques étudiants, des mineurs provenant des foyers de l’Aide sociale à l’enfance et des migrants. La cohabitation est parfois rude. Il y a bien des agents de sécurité mais, souvent, ça ne suffit pas. »

• Éric*, autre résident du foyer : « Je dormais encore dans ma chambre quand la fusillade a éclaté. J’avoue, je n’ai rien entendu. Ce n’est qu’en milieu de matinée, quand je suis sorti du bâtiment, que j’ai appris ce qui s’était passé, peu avant 9 heures. Il y avait des douilles au sol et même dans une voiture. C’est terrible. Il valait mieux ne pas se trouver dans la rue à ce moment-là ! »

• Jean* ne réside plus sur la colline Sainte-Croix depuis quelques mois. Hier, il est tout de même venu arpenter les rues où s’est déroulée la fusillade la veille : « C’était pour voir, avoue le retraité. J’ai vécu près de vingt ans sur cette colline. Je n’ai jamais vu un truc pareil. Et le pire, c’est que ça s’est passé en pleine journée ! N’importe qui aurait pu recevoir une balle perdue. J’espère que la police arrivera à retrouver le tireur. »

* Tous les prénoms ont été changés pour garantir l’anonymat des témoins.

Le maire : « Il n’y a pas de relâchement de la police »

Le maire de Metz, Dominique Gros.  Photo archives RL/Anthony PICORÉ
Le maire de Metz, Dominique Gros. Photo archives RL/Anthony PICORÉ

Une scène digne d’un film de série B. C’est bien ce qu’ont vécu ces lycéens de terminale et par ricochet, près de 80 élèves de 6e et les adultes qui les encadraient, vendredi matin.

Des événements qui forcent à s’interroger sur l’état de la sécurité dans les rues de Metz. Le maire de la ville, Dominique Gros, assurait, hier, qu’il se tient régulièrement informé de l’état d’avancement de l’enquête.

Sauf que les tireurs, au nombre de deux a priori, courent toujours à cette heure. « Je vous le confirme, indique le premier magistrat de la ville. On n’a encore interpellé personne. Selon les premiers éléments de l’enquête relevés par les policiers, cette affaire serait liée à celle de Borny (un homme blessé par des tirs, jeudi matin, dans des circonstances similaires, N.D.L.R.) et à du trafic de stupéfiants. Mais voilà, on sait également que la drogue circule aussi dans les lycées messins. Je peux vous dire que la police a déployé du monde sur ce dossier et que deux hommes, visés par les tirs, sont à leur disposition. »

Des regrets ont été formulés du côté de La Miséricorde, sur des patrouilles de police devenues moins fréquentes aux abords de l’établissement scolaire. Le maire de Metz s’inscrit en faux : « Je ne le pense pas. Les patrouilles sont toujours aussi nombreuses. À ma connaissance, il n’y a pas eu de relâchement. »

S.-G. SEBAOUI et Delphine DEMATTE