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A Montreuil, les dérives sécuritaires des hommes en bleu de Voynet

Posted On 31 Mai 2013
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Mardi 21 mai, le journaliste Mikaël Lefrançois porte plainte pour violences aggravées contre Denis Hochard, le directeur de la Tranquillité publique de Montreuil et quelques uns de ses agents. Les Inrocks produisent aujourd’hui une vidéo de l’altercation qui met en doute la défense des agents municipaux. Derrière ce fait divers, on découvre un service à qui la mairie a, petit à petit, confié des missions de police. Des dérives violentes ont été maintes fois signalées à la maire Dominique Voynet. Sans effet jusqu’à présent. Rencontrée dimanche matin, l’ex-ministre promet désormais des sanctions.

Dimanche 19 mai, deux heures du matin. Mikaël Lefrançois, journaliste pour l’agence de presse TSVP, et un ami, ne peuvent entrer dans le Palais des congrès de Montreuil. Le festival électro pour lequel il se sont déplacés affiche complet. Sur le trottoir de la rue de Paris, Mikaël Lefrançois aperçoit des agents de la Tranquillité publique, reconnaissables au “ASVP” (Agents de surveillance de la voie publique) ou “Tranquillité publique” scotché dans leur dos. Censés s’occuper avant tout de dresser des contraventions et de la circulation, ils sont accompagnés de leur directeur de 52 ans, un certain Denis Hochard. Le journaliste connaît le visage de ce cadre municipal, ex patron d’une entreprise de sécurité privée. L’an passé, il a entamé une enquête sur cet homme et les dérives supposées de son service pour la chaîne télévisée M6.

A la ceinture de certains agents municipaux, Mikaël remarque des bombes lacrymogènes. Le journaliste se doute que ces agents non assermentés n’ont pas le droit de porter ce type d’arme défensive. Il sort son iPhone et prend une photo. Denis Hochard le voit faire, il s’approche immédiatement en réclamant que le cliché soit effacé. Mikaël Lefrançois refuse. S’en suit un bref échange qui se conclut par une mise à terre du journaliste et une confiscation de son téléphone.

“Tu vas te le mettre dans ton cul ton appareil”

Avec les ASVP, des policiers municipaux présents se contentent de se mettre autour de la scène comme pour la cacher aux curieux. Ils n’interviennent pas. Denis Hochard exige ensuite le code du téléphone, il finit par l’obtenir et efface les photos. Rappelons au passage qu’il était légal de prendre cette photo et tout à fait interdit, pour Hochard comme pour un policier, de l’effacer.

Deux jours plus tard, Mikaël Lefrançois se voit prescrire trois jours d’ITT pour une hémorragie à l’œil droit. Il porte plainte pour violences aggravées. L’AFP publie une dépêche sur le fait divers, Denis Hochard est suspendu de ses fonctions. La mairie de Montreuil déclenche une enquête administrative, le parquet de Bobigny une enquête judiciaire. Jusqu’à présent, Denis Hochard affirmait qu’il avait été invectivé par le journaliste aux cris de “facho”, “milice” et “mort aux vaches”. Les agents municipaux ont expliqué lors de l’enquête administrative être intervenus lorsqu’ils auraient senti leur patron menacé. Aucune conclusion n’a été encore rendue.

Mikaël Lefrançois le vendredi 31 mai 2013

Mikaël Lefrançois le vendredi 31 mai 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Inrocks produisent aujourd’hui deux vidéos tournées ce soir-là par l’ami qui accompagnait Mikaël. Elles tranchent nettement en faveur de la version des faits présentée par le journaliste. Ces films ont été remis aux enquêteurs. Les sous-titres que nous leurs avons ajoutés ont été authentifiés par un huissier.

Dans la première partie de la vidéo, les agents reprochent au journaliste de les avoir pris en photo. Ils le plaquent au sol pour récupérer de force son téléphone. Dans la seconde partie, Denis Hochard menace de “casser la gueule” à un Mikaël Lefrançois bredouillant. “Il était dans un état second“, prétendent les agents municipaux qui sous-entendent une éventuelle prise de drogue ou d’alcool, pourtant jamais médicalement constatée. Sur les images, on voit surtout le journaliste encore choqué par son plaquage au sol une minute plus tôt. Hochard lui lance alors agressivement : “Non mais ta gueule, je vais de démonter ta gueule“. Mikaël Lefrançois demande à récupérer son téléphone. Hochard lui répond : “Tu vas te le mettre dans ton cul ton appareil“.

Réaction de Dominique Voynet à la vidéo

Ce matin (dimanche 2 juin), nous avons montré cette vidéo à Dominique Voynet. Dans son bureau de l’hôtel de ville de Montreuil, la maire a convoqué pour l’occasion son directeur de cabinet Sébastien Maire, sa directrice générale des services Géraldine Germain, et Véronique Bourdais, son adjointe à la Tranquillité publique.

En la visionnant, Dominique Voynet prend des notes des propos de Hochard.

“Cette vidéo est explicite et ces comportements inacceptables en démocratie, c’est évident, commente en première réaction l’ancienne ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement. Elle appelle des sanctions. La difficulté qu’on a dans cette affaire, c’est que Denis Hochard n’est pas juste une brute épaisse, il y a deux faces chez cet homme. Il a aussi rendu de grand services aux habitants de Montreuil.
– Cette seconde face, vous ne la découvrez qu’aujourd’hui ?
– On a déjà eu des alertes, certes, mais on ne les a jamais négligées.”

Après enquête, ce n’est pas tout à fait ce qui ressort des quatre premières années de mandat de l’élue Verte. La maire de Montreuil a été interpellée personnellement sur les dérives de son shérif local par son propre premier adjoint, par des Roms venus manifester devant la mairie avec des banderoles pointant les agissements des ASVP, par des opposants politiques dénonçant ces dérives publiquement et enfin par un “journal mural” recensant les actions des ASVP. Plus récemment, le jeudi 30 mai, un article publié sur la plateforme alternative Indymedia-Paris-Ile-de-France, a fait un récapitulatif des exactions imputables au directeur de la tranquilité publique de Montreuil.

Photo prise par l’ami de Mikaël le même soir. On aperçoit la goupille jaune des bombes lacrymogènes, armes de catégorie 6 que ces ASVP ne peuvent porter

Photo prise par l’ami de Mikaël le même soir. On aperçoit la goupille jaune des bombes lacrymogènes, armes de catégorie 6 que ces ASVP ne peuvent porter

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

“Guéant Vert”

Revenons en arrière, le 9 février 2012. Dès son ouverture, le conseil municipal dirigé par Dominique Voynet est interrompu par une poignée de manifestants. “On s’est levé dès que la maire a pris le micro et on a gueulé : ‘Non aux expulsions !’ et ‘Guéant vert ! Guéant vert !’, pendant environ quinze minutes“, nous explique Martin*, l’un des manifestants-chanteurs présents à l’époque. Si ce jour-là les protestataires comparent Voynet au rigide ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy, c’est en référence à l’évacuation musclée du squat dit de “La Tourelle”, réalisée une semaine plus tôt par les agents ASVP et Denis Hochard en personne. Une vidéo le montre, lui et ses hommes, en train de briser les fenêtres avec ce qui ressemble à des barres de fer, tandis que des policiers nationaux forment un cordon de sécurité en bas de l’immeuble.

Sur cet épisode Dominique Voynet se montre gênée. “J’admets une erreur sur La Tourelle, concède-t-elle. Ils ne devaient pas intervenir, ce n’était pas un bâtiment municipal.” Mais avez-vous pris des sanctions ? La directrice générale des services prend alors la parole et précise : “Nous avons convoqué Denis Hochard dans mon bureau et dans celui de madame la maire et nous l’avons rappelé à l’ordre“. Vous l’avez donc uniquement sermonné ? “Le rappel à l’ordre, c’est pas tous les jours quand même“, s’agace Dominique Voynet.

“En un an, le budget de la Tranquillité publique a bondi de 82%”

Revenons dans la salle du conseil municipal de février 2012. Dans un article publié sur leur blog, des élus du “Renouveau socialiste” présents ce jour-là condamnent la méthode des manifestants. Les élus relèvent néanmoins que “la majorité municipale semble exiger de ses agents en charge de la Tranquillité publique, qu’ils effectuent des tâches qui n’appartiennent pas à leur emploi. Nous avions déjà dénoncé cette tendance…”

En 2008, quand Dominique Voynet se présente à l’élection municipale contre le communiste Jean-Pierre Brard, maire de Montreuil depuis 24 ans, elle affronte une campagne mouvementée et violente. Denis Hochard, qui fut auparavant directeur de la sécurité du centre Beaubourg, est l’homme qui assure alors la sécurité personnelle de l’ancienne ministre. En 2009, Hochard passe directeur de la Tranquillité publique de la ville. “En un an, de 2009 à 2010, le budget de la Tranquillité publique, qui était, il est vrai, plutôt faible, a bondi de 82 % !“, se souvient l’ancien adjoint au maire Bruno Saunier.

“Des molosses pas perdus sur le terrain”

En 2010, il a été demandé au comité technique paritaire de Montreuil de se prononcer sur la création “d’un groupe mobile” composé d’ASVP dits “volontaires“. Il ne s’agirait plus seulement pour les agents de verbaliser ou de constater des infractions de stationnement. Ce groupe mobile pourrait exercer des missions de sécurisation du patrimoine, et ce jusqu’à 22h15. Mais la majorité des personnes présentes s’inquiètent d’une“confusion des genres” avec des missions de police. Quinze voix se prononcent contre cette proposition, cinq pour. “De toute façon, ce comité dominé par l’opposition disait non à tout, se souvient Dominique Voynet.Donc je ne le suivais pas à chaque fois, sinon on ne faisait plus rien.

C’est à ce moment là que ça a commencé, nous assure Bruno Saunier, l’ancien premier adjoint de Voynet qui a fini par démissionner. Hochard a recruté des gens qui faisaient partie d’un groupe distinct des autres ASVP qui, eux, faisaient classiquement leur travail. D’autres mecs que personne ne connaissait sont arrivés. Mais ils avaient manifestement travaillés dans la sécurité, genre des molosses, des gens pas perdus sur le terrain.

Après son départ de l’équipe municipale, Bruno Saunier a tenu un blog se focalisant sur les dérives de Hochard et de ses ASVP. Dominique Voynet lui écrit alors personnellement et défend son directeur de la Tranquillité publique.

Lettre de Dominique Voynet à son conseiller municipal Bruno Saunier

“Une sous police”

Toujours énervé dès que l’on aborde la problématique des agents ASVP, Frédéric Foncel, secrétaire général national du SNPM-FO n’est pas étonné. “C’est une problématique qui n’est pas d’aujourd’hui à Montreuil,nous explicite le syndicaliste. On a déjà dénoncé les faits, mais Voynet préfère les ASVP aux policiers municipaux. C’est de la police à bas prix, une sous police. Ils ne sont évidemment pas autorisés à participer à toutes ces missions.

Des vidéos sur les ASVP ont été accumulées par des personnes se définissant comme “militants luttant contre les expulsions de logement”. Dominique Voynet, elle, nomme ces derniers “les anarchistes autonomes”, une expression un peu fourre-tout qui fut martelée par Michèle Alliot-Marie quand l’affaire de Tarnac a débuté. Dans ces films amateurs, on aperçoit des agents municipaux parfois en uniforme, parfois simplement vêtus de noir. Ils débarquent avec un maître chien, certains gardent leur casque de moto sur la tête lors des interventions et le sang froid n’est visiblement pas leur qualité première. Petit récapitulatif non exhaustif de ce qui était déjà publié et disponible sur le web.

Nous avons rencontré trois de ces militants. Pour eux, Hochard faisait “le sale boulot”.

“La police ne peut pas toujours intervenir légalement quand certaines personnes sont là depuis plus de 48 heures, explique Jacques*. Hochard, lui, se le permet. Le nombre d’ASVP a augmenté sous Voynet. On l’a noté assez vite, les embauches supplémentaires ont été des molosses dotés d’uniformes similaires à la police et de lampes maglite s’apparentant à des matraques. Dès lors, on a compris que les ASVP n’allaient pas se cantonner à distribuer des contraventions.”

Véronique Bourdais, l’adjointe à la Tranquillité publique, se souvient d’un ASVP qui lui avait “naïvement” montré sa matraque télescopique. “Il a immédiatement été muté au cimetière”, précise-t-elle.

“Le Vietnam à Montreuil”

La dernière violence en date attribuée aux ASVP de Voynet nous est racontée par Franck Boissier, co-secrétaire départemental du Parti de Gauche. Un homme âgé de 43 ans. La scène se déroule le 3 mai dernier, à Montreuil, alors qu’il aidait des Roms à entrer dans une salle municipale pour qu’ils ne passent pas la nuit dehors.

La porte était ouverte mais jalonnée par des ASVP. Franck Boissier assure avoir été poussé dans le dos. Il aurait chuté dans les deux marches extérieures avant d’être gazé à bout portant. Deux témoins nous confirment cette scène. Franck Boissier, lui, nous fournit le certificat médical lui donnant deux jours d’ITT. Dominique Voynet nous fait remarquer qu’il n’a pas porté plainte. Franck Boissier justifie ce choix car, après sa chute, Denis Hochard est venu le relever : “lui était sympa, il m’a conseillé de mettre de l’eau sur les yeux. On est en pleine campagne électorale (municipales de 2014), je ne voulais pas être vu comme une victime des agents municipaux.

Dans un café situé dans le 15e arrondissement, loin de Montreuil, nous rencontrons une personne ayant travaillé avec Denis Hochard à la direction de la Tranquillité publique. Elle accepte de parler sous couvert d’anonymat. ”Ce qui s’est passé avec le journaliste, fallait bien que ça arrive un jour“, nous explique-t-elle. Avec lui, tu avais l’impression que c’était le Vietnam à Montreuil. Quand il partait avec ses gars, il les chauffait à blanc avant et disait des phrases du genre : ‘on va leur péter la gueule’. On se demandait pourquoi Voynet le défendait à ce point-là. Ça nous paraissait fou qu’elle se mette autant en danger avec un mec comme ça. Il n’a aucune culture des communautés territoriales, il a une culture du terrain.”

C’est sûrement la plus grosse responsabilité de la maire : avoir confié à ses ASVP des missions déconnectées de leur formation initiale. ”On assume totalement, coupe court Dominique Voynet. Quand un groupe de gens arrivent avec un baluchon pour dire c’est à nous, on leur répond ‘non, ce n’est pas à vous’.”

Geoffrey Le Guilcher, vidéos Basile Lemaire

* Les prénoms ont été modifiés

Source : http://www.lesinrocks.com/2013/06/02/actualite/video-derives-agents-tranquilite-publique-montreuil-voynet-11400139/

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